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Paysans pastiers à Crémieu

Un samedi, il devait être 9h30 quand nous sommes allés rendre visite à Valérie et Xavier, propriétaires de la ferme Duclos Gonet, connue pour sa fabrication de pâtes. Situé route de Lyon, l’établissement compte 175 hectares répartis sur Crémieu, Villemoirieu et St Romain de Jalionas.

Lors de ce moment chaleureux, autour d’un café, Valérie évoque l’historique de la ferme, qui compte trois générations. A l’origine, la ferme était vivrière et autonome. Le grand-père, alors président du Crédit Agricole, produisait également du lait. Le père de Valérie, au contraire, décide d’arrêter l’élevage et devient maïsiculteur, conformément à la demande d’agriculture intensive de l’époque.

Après des études agricoles orientées sur les produits phytos, Valérie et Xavier se sont rencontrés et ont longtemps cherché une ferme. Avec le sourire, nous parlons du Larzac, de leur idée première d’un élevage de bisons et de faire différent, innover et aller jusqu’au bout de la chaîne de transformation. Xavier aime les défis, les projets, sortir du cloisonnement et du rendement à tout prix.

Et soudain sur leurs visages, une lumière, une lumineuse conviction : c’est en reprenant la ferme familiale qu’ils ont pu concrétiser leur besoin impératif d’innovation, passer en bio (depuis 2010) et faire de la farine et des pâtes. Ils étaient les premiers en Rhône-Alpes et on comptait seulement 10 producteurs dans toute la France ! Les gens avaient du mal à croire que les pâtes étaient vraiment faites à Crémieu…

Le travail se fait grâce à un moulin électrique et une meule en pierre. Ainsi la récolte de blé dur devient farine, avant la transformation en pâtes aux différentes saveurs.

Le blé dur est cultivé en rotation après 2 ans de trèfle, dont une partie retourne au sol en engrais vert. Ils ont formé beaucoup de paysans pastiers à la connaissance de blés et au travail de meunerie.
Le passage en bio a été un défi technique, une façon de diminuer les coûts, de favoriser une meilleure alimentation et de respecter la terre. Depuis 2004, il n’y a plus de labour et le travail du sol s’effectue sur 5 cm maximum. C’est l’agriculture de conservation.

Depuis le covid, les ventes directes ont baissé d’environ 40% et actuellement, les augmentations du prix du pétrole ont des incidences sur les ventes. Comme solution, l’entreprise ne livre plus rien aux coopératives, privilégiant la transformation complète des récoltes et la vente directe.

Xavier confie avoir des soucis de santé et le couple cherche un repreneur avec l’objectif de faire perdurer ce qu’ils ont créé, en laissant la ferme à une personne qui continuera le bio et la transformation en pâtes. Valérie envisage même de continuer à travailler dans l’exploitation un temps pour assurer la transition. En favorisant une pratique agricole qui respecte les cycles naturels et la santé, cette ferme est un modèle de travail local en harmonie avec la nature au service des habitant·es.

Merci à eux.