LABORATOIRE D’IDÉES CITOYENNES
pour mieux vivre ensemble et pour la démocratie locale.

MursMurs#33 | mars 2024

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Murs-Murs de Crémieu

Pour un espace public apaisé !

On évoque souvent, au sujet des femmes, les différences de salaire, les violences conjugales ou les féminicides. Des réalités tangibles, quantifiables, incontestables. La parole se libère petit à petit sur ces sujets essentiels et l’on ne peut que s’en réjouir.

Il demeure cependant des inégalités qui sont peu abordées, car moins visibles ou difficilement mesurables : il s’agit de la place des femmes dans l’espace public, de toutes les femmes : les petites filles, les adolescentes, les femmes âgées… Ces inégalités sont insidieuses et pourtant bien présentes : lieux hostiles aux filles parce que fréquentés en majorité par les garçons, sentiment d’insécurité lié au harcèlement de rue – regards, remarques, sifflets, invitation à boire un café ou même menace verbale – jusqu’aux noms des rues et monuments qui sont à dominante masculine. Dans les villes et très grandes villes, ces inégalités sont bien plus marquées qu’à Crémieu. On peut toutefois se questionner sur l’incidence de l’extinction de l’éclairage public sur le sentiment d’insécurité : est-ce que certaines femmes rentrent chez elles plus tôt ? Est-ce qu’elles modifient leur parcours à pied, se déplacent à plusieurs ou évitent tout simplement de se déplacer…? Autant de questions qui sont rarement prises en compte au moment de transformer ou de créer un nouvel espace public.

Ainsi, les femmes adoptent de multiples subterfuges d’évitement, souvent inconscients, depuis le choix de leur tenue vestimentaire jusqu’à l’adaptation de la démarche et de l’attitude pour ne pas attirer l’attention. Une accumulation de petits désagréments qui ont un impact considérable, souvent sous-estimé, sur leur quotidien. Ces attitudes d’évitement visant à être tranquille concernent les femmes, ainsi que toutes les minorités : personnes handicapées, personnes présentant une différence physique, personnes âgées ou au contraire très jeunes, d’origine ethnique différente, d’orientation sexuelle non majoritaire…

Les stratégies d’évitement sont souvent tellement ancrées qu’elles ne sont pas remises en question. Qui a conscience de l’intranquillité générée par les dominants dans l’espace public ? Il ne fait nul doute que la cause des minorités progresse, mais le chemin reste long pour que chacun chacune se sente pleinement à l’aise dans l’espace public, trop souvent conçu pour un modèle unique d’homme jeune, valide et actif.

Des espaces plus conviviaux pour les femmes seront des espaces plus accueillants pour toutes et tous !