LABORATOIRE D’IDÉES CITOYENNES
pour mieux vivre ensemble et pour la démocratie locale.

Darwin, et les piéton·nes crémolan·es…

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Comment, face à un environnement aussi hostile, reste-il encore tant de pieton·nes ?

Cela fait des lustres que nous avons tout mis en œuvre pour faciliter la circulation des automobiles : élargir les voies et aplanir les chaussées, dégager l’espace, arrondir les angles pour en faciliter l’écoulement, que d’aménagement ! Aujourd’hui on en est à paysager les ronds-points, squares à voiture où jamais aucun enfant n’ira jouer…

Parallèlement, il y a une catégorie humaine qui doit déployer une masse d’énergie pour circuler, se déplacer sans la moindre carcasse si ce n’est la sienne, j’ai parlé des piéton·ne·s. Ne vous êtes-vous jamais arrêté·e un instant pour regarder le cheminement de ces humains à deux jambes, pour examiner leur parcours sinueux et malaisé, tout·e occupé·e à éviter les obstacles :
candélabres, arbres, poubelles, portière ouverte, panneau de signalisation ou publicitaire et j’en passe … comme si nos responsables publics s’étaient acharnés à leur compliquer la vie : là un trottoir tout neuf et pan ! En plein milieu un superbe feu tricolore ! Ici un passage piéton, dont les extrémités sont meublées d’une part d’un arbre et d’autre d’une série de plots. Regardez les bras fourchus de ce rosier en sauvage qui s’agrippe à vos vêtements, le volet qui vous gifle sans prévenir parce que vous étiez en repérage d’excréments canins frais du matin. Las, ces personnes enlacées obligées de se séparer parce qu’une enfilade de lampadaires divise leur  cheminement ! Oups, ce père transforme en chef sioux entrainant sa petite tribu en file indienne sur un trottoir trop étroit… Et pauvre mamie qui, avec sa carriole de commissions fait du rodéo d’un  trottoir à l’autre, cherchant d’un regard désespère un havre pour reprendre son souffle avant d’aborder le grand passage piéton ou elle sait qu’il y aura d’un côté trois poubelles en conversation pendant que l’autre versant pourra être occupe par une limousine vautrée sur les bandes blanches…

Ah, il en faut de la vigilance, et des ressources physiques et mentales pour éviter la multiplicité des pièges ! D’ouÌ€ cette question redoutable : comment, face à un environnement aussi hostile, reste-il encore tant de pieton·ne·s ? Leur disparition est-elle programmée ?

Non, Sapiens, comme tous les animaux, a la faculté́ de s’adapter. Son organisme, ses sens, ses muscles, sa masse crânienne se développent au fur et à mesure qu’elle et il rencontre des obstacles. De récentes recherches ont mis en évidence que la marche régulière développe deux glandes dans le cerveau situées près de la zone de la mémoire et de l’attention… Et voilà, Darwin serait ébahi de cette confirmation de sa théorie : l’évolution de l’espèce fonctionne, la preuve, chaque jour, les pieton·ne·s continuent de fréquenter nos rues et c’est très bien ainsi.
Erri di Cremiù